La nouvelle cible de la dictature vénézuélienne : Mme. la députée Maria Corina Machado

La première fois que j’ai entendu parler de Mme. la député Maria Corina Machado, je n’en croyais pas mes oreilles.

Pour la première fois depuis le traumatisme qu’avait provoqué le coup d’état médiatique du 13 avril 2002 dont le Président Chavez a profité pour épurer ses rangs, quelqu’un osait lever sa voix. Et cette voix était celle d’une femme vaillante qui a su soulever les plaintes partagées de nombreux Vénézuélien et, plus notamment, de nombreuses Vénézuéliennes.

Intervention à l’Assemblée Nationale, 13 janvier 2012

 

Pris de manière isolée, ce débat qui a révélé à la scène politique vénézuélienne la député Machado perd tout son sens. Son intervention a d’ailleurs été instrumentalisée, comme l’ont été de fait toutes les interventions critiques à l’encontre de l’ancien président, servant d’argument pour alimenter le discours anti-bourgeois de la nouvelle classe politique qui exerce aujourd’hui de façon dictatoriale le pouvoir au Venezuela.

Vous ne le savez peut-être pas mais la société vénézuélienne, comme beaucoup de sociétés latino-américaines, a toutes les caractéristiques une société matriarcale. De nombreuses études sociologiques démontrent que ce sont les femmes qui pourvoient, dans la plupart des familles, aux besoins du foyer. La figure du père la plupart du temps est absente et lorsqu’elle ne l’est pas, la femme assume un double rôle car elle participe à la vie active du pays tout en s’occupant des enfants et du ménage.
C’est un constat qui se voit aggravé par le fait d’avoir le plus grand taux de grossesses précoces de l’Amérique du sud (cf. http://www.elmundo.es/america/2010/01/29/noticias/1264779274.html). Jusqu’à présent, aucun gouvernement n’a mis en place des politiques familiales efficaces. En effet, comme le précise Alejandro Moreno (2007) dans son ouvrage Y salimos a matar gente, l’un des éléments qui caractérisent les relations entre les Vénézuéliens et, particulièrement, les hommes, dans les quartiers populaires, est constitué par la relation conviviale à tonalité matricentrée-affective. L’homme vénézuélien définit ses rôles à partir de la figure féminine. “La femme n’existe en tant que mère et l’homme qu’en tant qu’il reste le fils de sa mère”.
Suite à ces lectures sociologiques, le débat que la député Maria Corina Machado essaie d’entamer à l’Assemblée Nationale prend une tout autre tournure, beaucoup plus riche, compréhensible adaptée à la réalité d’un pays où ce se sont les mères qui confrontent un quotidien devenu de plus en plus pénible et violent. Ses interventions à l’Assemblée Nationale, pourtant imprégnées de sagesse, de bon sens et d’attachement aux lois républicaines font toujours l’objet de sabotages, de moqueries et sont utilisées avec des propos détournées.
Comme à l’exemple de la première vidéo où la député Machado condamne comme du vol les expropriations réalisées auprès de grands industriels et de petits commerçants vénézuéliens sans que le paiement dû n’ait moyenné, et Hugo Chavez en profite pour se rendre victime d’une agression verbale et considérer qu’elle l’avait traité de voleur.
Intervention à l’Assemblée Nationale, 12 novembre 2013
Nous rappelons ici les agressions violentes dont elle a fait l’objet en avril 2013, pour vouloir dénoncer la fraude électorale supportée par des évidences concrètes lors des dernières élections présidentielles de 2013:
Il convient également de rappeler les passages troubles des élections parlementaires de 2010. Beaucoup de ceux qui s’intéressent à la situation politique vénézuélienne RÉELLE et non pas simplement discursive, s’en souviennent peut-être du débat qui avait eu lieu entre la journaliste correspondante de RFI internationale, Andreina Flores et Hugo Chavez :

 

Débat entre la journaliste Andreina Flores et Hugo Chavez 
à la suite des élections parlementaires de 2010
Ce débat constitue un autre exemple des détournements linguistiques que Chavez utilisait très astucieusement en sa faveur. Il a été moins disposé en revanche à ce que l’on sache faire preuve de la même audace car il apparaît, à la lumière de cet échange verbal avec Mme. Flores, qu’il n’appréciait guère les critiques tendant à mettre en évidence ses abus de pouvoir.
Les Vénézuéliens en France suivons avec stupeur les informations diffusées dans les médias au sujet du Venezuela. Nous avons du mal à saisir comment est-ce que l’on cherche encore à débattre sur les aspects positifs et négatifs de la révolution bolivarienne et sur les possibilités de survie du chavisme sans Chavez ; alors que les preuves fournies par le gouvernement dictatorial de Nicolas Maduro de violation et de répression des droits fondamentaux des citoyens Vénézuéliens, voire des journalistes internationaux, sont aussi nombreuses.

Est-ce que le régime révolutionnaire vénézuélien ne s’est-il pas encore montré suffisamment violent et, sa nouvelle classe politique, suffisamment corrompue, pour que l’on puisse dépasser enfin le traitement de la crise politique vénézuélienne à partir de l’approche d’un clivage entre les idéologies de droite et de gauche, trop démodé et déplacé  ???

Des centaines des cas de prisonniers politiques (étudiants pour la plupart), des torturés et des disparus, ont été rapportées auprès des organismes internationaux de défense des droits de l’homme et de l’OHCHR à Genève, au point que celle-ci a décidé de l’envoi d’une commission pour évaluer le niveau des agressions infligées à la population civile (cf. http://www.ntn24.com/noticias/comite-de-derechos-humanos-aprueba-visita-venezuela-124979) ainsi que pour revoir la pertinence du prix octroyée à la Défenderesse “du peuple” le 14 mars 2014.

Aujourd’hui la menace pèse sur la députée Maria Corina Machado, dirigeante importante de l’opposition vénézuélienne qui a pris la responsabilité de se situer à la tête des contestations populaires. Des contestations que l’on voit apparaître au Venezuela depuis 2007 et qui, rappelons-le, se traduisent aujourd’hui par des poussées de colère débordées, regroupant des mécontentements de tous bords et des plaintes extrêmement hétérogènes (syndicats, professions libérales, personnel soignant, société civile organisée, étudiants y compris les habitants des quartiers populaires et des barrios).

 

 

Maria Corina Machado a déjà subi des nombreuses attaques, verbales et physiques dans un pays où le machisme est roi. Le slogan de son mouvement : “les femmes qui participent en politique et à la vie active de l’économie vénézuélienne sont avant tout des mères”, mérite un moment de réflexion mais surtout l’attention des médias internationaux et des sociétés démocratiques.

Le gouvernement veut lui enlever son immunité parlementaire et prétend lui réserver le même sort qu’il en a décidé pour Léopoldo Lopez, isolé depuis un mois dans une prison militaire et qui pourrait être condamné à 15 années d’enfermement en totale outrage aux principes de toute procédure judiciaire.

Leur crime? Avoir exigé le respect de la Constitution nationale et des lois.

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